Robert Gélis


Numéro 179
Septembre 2015

8,00

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En guise d’édito (André Desforges)

Quand un pilier s’écroule, il faut faire appel à de jeunes maçons pour consolider la maison.

Robert fut l’un des pères fondateurs de l’Association des Dossiers d’Aquitaine. Instituteur de vocation, membre du Conseil d’Administration et du Comité d’Animation, c’est lui qui, dès le départ, a insufflé cette volonté d’indépendance basée sur l’authenticité et le bon sens, qui, encore aujourd’hui reste le fil conducteur de nos actions.

Poète, mais aussi comédien et organisateur de spectacles, une « vraie bête de scène », chanteur et danseur, nul de ceux qui l’ont connu, ne peut oublier son interprétation du « Tango de l’Andalouse ».
Lors de nos Rencontres dans les diverses villes de France ou de Belgique, il organisa la soirée poétique du Samedi soir, celle des « Fins diseurs et subtils comédiens » autour de René-Paul Entremont, Louis Olivier, Bernadette et Claude Richemont, Claude Lafosse, Jacques Danois, Emmanuel Eydoux, Jean-Pierre Collet, René  Alletru, Monique Longy, Yolande Vidal, Jean-François Derassat, Madeleine Lenoble, Hubert Charpentier, Claude Cagnasso, Guy Uranie, les Desforges, Bernard Dané, Sœur Marie-Ange et Fabienne Elkoubi, la chanteuse méditerranéenne à la voix d’or.

Il maîtrisa les Grands Gueuloirs Poétiques, aidant les timides ou débutants poètes en interprétant leurs textes, mais aussi en « dézinguant » les pédants et prétentieux, faisant plus référence à leurs médailles (même pas en chocolat) et à leurs diplômes de pacotille, qu’à l’originalité de leurs poèmes.

Robert fut notre « maître » des ateliers d’écriture. Lors des Rencontres de Nogent-sur Seine (1986), on le vit partir, en compagnie de Claude Lafosse, escortant des enfants sur les bassins et les réservoirs des Grands Moulins, pour écrire des poèmes sur l’eau, enregistrer les bruissements des cascades puis mettre le tout en musique avec le concours de musiciens boliviens et d’un orchestre folk. Les poèmes des enfants furent interprêtés par des danseurs professionnels qui défilèrent dans la rue principale de Nogent aux côtés des écoliers et de leurs instituteurs. L’accueil à l’Hôtel de Ville, par le maire Michel Baroin (père de François Baroin) et les autorités locales fut des plus chaleureuses.
Robert, si tu savais qu’aujourd’hui, de prétendus donneurs de leçons poétiques organisent des ateliers d’écriture, dans les écoles, se font payer et fortement subventionner pour l’occasion, comme tu aurais jouissance à les ridiculiser par ta voix de stentor et  ton irrésistible et destructeur humour.

Robert organisa les 7e Rencontres poétiques et culturelles à Saintes, 14 au 18 novembre 1984. Des Rencontres qualifiées par la presse « de record d’affluence et d’enthousiasme » au point de provoquer un début de panique chez les édiles de la ville « tant il y eut de retrouvailles, d’embrassades, de rires de sourires et de clins d’œil complices dans un tourbillon de palabres et de discussions informelles ».

Robert était un maître en l’art du diaporama. Lors des 8e  Rencontres poétiques et culturelles de Libourne du 7 au 11 novembre 1985, il projeta, dans la salle des mariages de l’Hôtel de ville, son diaporama poétique sur « L’Arbre » en démontrant qu’un arbre mort peut encore offrir par ses branches dénudées une majesté à nulle autre pareille. Les mots et les images de Robert éblouirent les enfants, au point que l’un d’eux s’avança et lui posa cette question « quand tu seras mort, tu me donneras tes poèmes et tes images ? ». La réponse fut cinglante « Tu n’es pas prêt de les avoir ». L’enfant anonyme doit aujourd’hui friser la quarantaine, qu’il sache que Robert est toujours présent.

Nous n’avons pas le culte de la personnalité ni de l’image mortuaire, préférant publier ou republier quelques poèmes de Robert Gélis, celui qui jusqu’à ce début janvier vous honorait de ses vœux.

N.D.L.R. : Durant la glorieuse époque (1978-1998) il était possible d’organiser de grandes Rencontres sans avoir à subir les contraintes administratives et contrôles policiers d’aujourd’hui. Mais grâce à de nouveaux « piliers », sous d’autres formes, la vie associative et poétique continue.