Revue Poste Restante


Numéro 166
Mai 2012

8,00

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La Revue des Dossiers d’Aquitaine dispose d’un numéro d’enregistrement officiel auprès de la Commission paritaire des papiers de presse ou CPPAP. Un organisme d’État, dépendant des services du Premier ministre, dirigé par un conseiller d’État entouré de représentants désignés en provenance des administrations et des entreprises.

Pour obtenir l’autorisation de publier, il ne suffit pas de montrer patte blanche, il faut constituer un dossier technocratique aussi long qu’ennuyeux, et attendre le bon vouloir de ces Messieurs de la Commission paritaire. Parmi ces commissaires de la République, il en est un particulièrement redoutable c’est celui de La Poste. Quand cette dernière était une administration publique, l’homme veillait à l’application des règlements selon les définitions d’une revue, donnait son aval puis s’en retournait pantoufler dans son bureau, attendant que tombe la paye.

Aujourd’hui La Poste n’est plus au service du public comme du temps « où une lettre était distribuée le lendemain quelle que soit la résidence du destinataire », elle est devenue une Société anonyme, qui gère ses propres bénéfices, ce qui ne l’empêche pas d’avoir reçu le 1er janvier 2011, la modeste somme de 1,2 milliard d’euros de l’État et 1,5 milliard d’euros de la Caisse des dépôts et consignations au simple motif de « conforter sa dimension européenne… et de créer les conditions de développement de la banque » (Jean-Paul Bailly, président).

La Banque postale, voici la nouvelle dénomination, qui justifie un bénéfice immédiat et qui autorise la chasse et la destruction de tout produit non rentable comme une revue poétique et raison de plus si elle dispose d’une autorisation de publication.

Deux formes d’action s’avèrent efficaces pour éliminer les revues :
– 1) désigner un dur de dur comme représentant à la Commission paritaire qui n’hésite pas à sanctionner la moindre parution sous des prétextes futiles comme revue thématique, revue militante, revue commerciale, et ainsi de suite. Sur 217 dossiers présentés en 2011 seulement 84 ont été retenus sans discussion. Un avis favorable donne droit à une TVA de 2,1 % au lieu de 19,6 % et au tarif postal presse, vous comprenez pourquoi le « postier » de service pense plus à rentabiliser le portefeuille de sa banque qu’à favoriser la diffusion de la poésie en particulier et de la culture en général ;
– 2) rendre la vie impossible au déposant d’une revue, contrôles mesquins, tarifs sophistiqués et incompréhensibles, heures de dépôts limitées dans des centres de tri inaccessibles, formalités contraignantes : achat d’un logiciel onéreux pour coder les étiquettes, timbrage du jour de dépôt, obligation de faire imprimer des tampons portant le mot « Presse » et autres subtilités à décourager le plus volontaire des bénévoles. Car, une association, quelle soit culturelle, militante ou sportive ne peut s’offrir le luxe de payer un employé pour effectuer ces « corvées ».

La Direction de La Banque Postale, pour chaque région, a désigné un agent chargé de faire le sale boulot qui consiste à décourager les responsables des publications. Ces agents désignés, appelons-les totoches pour rester dans le domaine de l’humour, sont félicités en fonction du nombre de revues qu’ils arrivent à éliminer. Le totoche Aquitain n’a qu’un mot à la bouche « c’est la loi ». Une démarche qui consiste à faire payer le tarif fort en bloquant la revue et la surtaxant au tarif des lettres.

Cette revue n°166, bloquée pour cause « d’étiquette non conforme » paraît avec six mois de retard. Il a fallu changer des pages, recomposer des articles pour rester dans l’actualité. Notre cas n’est pas unique, toutes les revues, tous les bulletins associatifs, les gazettes et autres magazines sont attaqués de la sorte. En raison de cette atteinte voilée mais bien apparente à la liberté de la presse, la riposte s’organise. La revue À Contre Courant (BP 12123, Mulhouse cedex) prend la tête de la rébellion.
Un feuilleton qui ne fait que commencer…
La rédaction.