Que la guerre est jolie


Numéro 169
Février 2013

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Ainsi, nous les p’tits poètes, le vendredi 11 janvier 2013 nous apprenions que la France est entrée en guerre en Afrique, pour chasser les terroristes du Mali. Le Président de la République a pris, seul, la décision (sans approbation de l’Assemblée nationale ni le soutien de la Communauté européenne). Raison officielle de cette intervention militaire : la guerre aux terroristes. Mêmes mots que Georges Bush Jr. pour justifier l’intervention des troupes américaines en Afghanistan.

Faire la guerre pour libérer un pays agressé et défendre un peuple violenté, cela peut paraître noble et juste. Mais « faire la guerre pour défendre les intérêts des États-Unis, faire la guerre pour défendre les intérêts de grosses sociétés comme Areva, faire la guerre pour mettre la main sur des mines d’or pour enrichir les spéculateurs et sur les gisements d’uranium pour construire des centrales ou des armes nucléaires, cela n’a plus rien de noble ni de juste ».

Certains accusent la France de mener une opération néo-colonialiste, et rappellent que nos gouvernements ont soutenu les adeptes de la charia dans les luttes contre les pouvoirs des dictateurs, en Tunisie, en Libye, en Égypte, aujourd’hui en Syrie. Ce à quoi nos politiques affirment qu’ils font la différence entre les bons et les mauvais Talibans, les bons et les mauvais Touaregs, les bons et les mauvais Maliens.

Le terrorisme c’est quoi ? Les résistants français face au nazisme étaient traités de terroristes par le régime de Vichy, les fellaghas algériens qui luttaient pour l’indépendance de leur pays n’étaient que des terroristes à exterminer. Le mot terrorisme change de valeur et de couleur selon les idéologies en présence. Le Président Hollande a déclenché cette guerre pour sauver l’Europe du terrorisme et protéger les droits de l’homme. L’intention est noble mais la méthode reste condamnable. Comme le proclamait Louis Lecoin : « S’il m’était prouvé qu’en faisant la guerre, mon idéal avait des chances de prendre corps, je dirais quand même non à la guerre. Car on n’élabore pas une société humaine sur des monceaux de cadavres ».

Nos alliés européens, pas fous, n’ont envoyé, à ce jour aucun soldat pas même une infirmière, malgré les accords de coopérations. Quelques camions par çi, quelques avions par là, seul le grand frère américain soutient moralement le Président de la République française.

Ah ! Que la guerre est jolie. Ah ! Que les soldats de métier sont beaux dans leur tank et dans leur harnachement. Ah ! Que cette femme qui s’est jetée, à Tombouctou, dans les bras du sauveur Hollande était généreuse, de quoi faire pâlir de jalousie les dénommées Ségolène et Valérie.
Les communiqués de victoire succèdent aux communiqués de victoire. Les journalistes non autorisés à faire des reportages. Censure et bourrage de crâne. Toutes les guerres commencent de la même façon. « Heureusement qu’il existe des guerres pour maintenir la civilisation occidentale. Elle laisse crever de faim deux milliards d’êtres humains, mais elle livre au petit peuple des joies saines, grâce aux plaisir maliens… et socialistes » (Rolland Hainaut, Union pacifiste, février 2013).

Plutôt que nous envoyer des bombes, donnez-nous de la nourriture, disent les pacifistes Maliens. Faut-il rappeler que la majorité de la population de ce pays vit avec moins de 1,25 dollars par jour !
Combien coûte la guerre au Mali, entre 1 et 3 millions d’euros par jour ? La France a-t-elle les moyens de se payer une telle fantaisie alors que les salaires des fonctionnaires sont bloqués, que les entreprises licencient faute de commandes, que les retraités vont payer les pots cassés. Déjà des grincements de dents chez ceux qui, par trois fois (primaires et deux tours des présidentielles) votèrent les yeux fermés pour Hollande par rejet de Sarkozy, se font entendre dans la rue.

P’tits poètes, il est encore temps de croire en la paix en envoyant des vivres et non des bombes aux Africains et en les incitant à lutter contre tous les extrémistes et particulièrement les religieux.