La liberté de la presse


Numéro 182
Juin 2016

8,00

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Édito

Nos fidèles adhérents se souviennent de nos ennuis avec la Poste qui a tenté par les procédés les plus condamnables de nous interdire d’utiliser notre numéro d’inscription auprès de la Commission paritaire des papiers de presse et par conséquence de ne plus bénéficier des tarifs spéciaux réservés à la presse. Beaucoup de revues associatives, ayant subi les mêmes assauts et les mêmes tracasseries, ont abandonné et se sont sabordés.

La Poste en n’acceptant plus les revues à petit tirage, pour cause de non rentabilité porte ainsi atteinte à la liberté d’expression. Mais les responsables des publications ni passéistes ni rancards ont su rapidement utiliser les techniques modernes comme l’informatique, internet et les réseaux sociaux. Les bulletins de liaison, les petites revues poétiques ou militantes se sont transformées en lettres informatiques communément dénommées newsletters. Le service courrier de la Poste est en perte de vitesse, on comprend pourquoi, cela s’appelle « se tirer une balle dans le pied ».

Plus grave, l’État lui même, le pouvoir exécutif en instituant l’état d’urgence fait preuve de faiblesse.
Dans l’histoire des peuples, quand un pays prend de telles mesures contre un ennemi extérieur ou une menace interne, il fait aveu d’impuissance. L’État d’urgence qui devait en France durer quelques jours s’éternise et le gouvernement trouve toujours un nouveau justificatif, jusqu’à Noël, Pâques ou la Trinité. Allez savoir avec nos dirigeants qui tantôt avancent d’un pas, tantôt reculent de deux.

Rassurer les bons Français en mettant un policier derrière chaque manifestant alors que des « terroristes » fichés pour vol, agressivité, trafic de drogues, menaces verbales sont gentiment suivis et généreusement remis en liberté. Le zadiste, l’écologiste, le syndicaliste élevé au rang de voyou et confondu avec le casseur (bagarreur professionnel toujours disponible pour l’idéologie dominante), telle est la situation actuelle. Demain viendra le tour des journalistes, des polémistes, des lanceurs d’alerte et des poètes. Très dangereux les poètes, Robert Desnos (déporté), Vladimir Maïakovski (suicidé), Victor Hugo (exilé), Alfred de Musset (emprisonné), Baudelaire (censuré) pour fait de liberté. Actuellement, de par le monde, des centaines d’écrivains souvent sans chef d’accusation et sans jugement, pâtissent au fin fond de geôles malsaines, au Moyen Orient, en Asie, en Afrique, en Amérique du Sud…

Mais en France, direz-vous, cela n’existe pas ! Sauf que le moindre journaliste d’investigation s’intéressant aux paradis fiscaux, aux politiciens corrompus, aux risques nucléaires, aux fortunes vite faites, aux scandales financiers, aux marchands de mort (armements, pesticides, fastfoods et autres produits fabriqués mortels vit sous la contrainte de l’autocensure pour ne pas déplaire à son chef, patron de presse, ce dernier ne survivant que par la publicité payante de ces mêmes marchands de mort ! Et les journalistes qui, osent dénoncer les abus, sont très rapidement  licenciés ou traînés devant les tribunaux puis condamnés pour « atteinte à la liberté ».

Bon ! Revenons aux discours officiels, si les gouvernants prennent de telles mesures coercitives et sans demander notre avis, c’est pour notre bien. Nous « pôves p’tits poètes », nous sommes inconscients des dangers qui nous menacent. Moi, Président, Moi, Premier ministre, Moi, ministre de l’Intérieur, Moi, Premier secrétaire du parti au pouvoir, Moi, Moi, Moi, je vous protège, taisez-vous sinon je fais interdire toute manifestation et toute prise de parole ! Qu’on se le dise !

Pas de pessimiste outrancier, la France reste un pays où il est encore possible de râler mais chaque jour (ou presque) une nouvelle loi restreint le droit d’information et le droit d’expression, en résumé, la liberté de parole.

A.D.