Le bénévolat c’est de l’arnaque


Numéro 152
Avril 2009

8,00

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Cette évidence date de l’époque des emplois-jeunes. Emplois aidés créés par le gouvernement Jospin pour résoudre le problème du chômage. Les jeunes diplômés de bac + 3 à bac + 10, (nous avons reçu une demande d’un docteur es lettres, philosophe et chômeur…) trouvaient de la sorte, une possibilité de travail pour une durée de cinq ans, dans une association ou une collectivité locale, avaient la possibilité de connaître le monde de l’entreprise, de développer leur personnalité, de participer à la création de leur propre emploi en développant les structures de la maison d’accueil.

Bien sûr, à la demande expresse des institutions gouvernementales nous avons participé à cet élan de générosité qui consistait à sortir le pays de l’ornière. Celle que nous avions choisie sur des centaines de fiches  toutes élogieuses mais pratiquement toutes identiques puisque recopiées de modèles-types de CV captés sur internet.

Appelons notre heureuse élue, Mademoiselle S*** jeune et jolie comme cela se doit à vingt-deux ans. Licence de lettres, sportive, aimant voyages et rencontres. Un parent cadre dans la fonction publique, l’autre responsable d’une maison de commerce. Foin de l’entreprise familiale, foin d’une carrière dans l’enseignement. Vivre libre et sans contrainte, la salaire d’emploi-jeune complétant tout simplement l’argent de poche généreusement offert par papa et maman.

Très respectueux de la réglementation, appliquant les 35 heures de travail par semaine dans notre association dès parution de la loi, Mademoiselle S*** ne pouvait que s’épanouir dans notre milieu culturel. Les poèmes la faisaient rire mais surtout l’ennuyaient, les reportages de Jacques Danois sur la misère dans les pays du tiers monde l’agaçaient. Lire un manuscrit représentait un pensum, rédiger une fiche de lecture une punition.            

Vivant sa vie loin des secousses européennes et des remous internationaux, l’actualité économique et politique ne motivait guère Mademoiselle S***. Jeune et jolie, elle (sur)vivait…

Nous les Bénévoles de l’Association, nous étions à sa disposition, passant tout notre temps libre, week-ends inclus, pour proposer nos livres dans les manifestations culturelles afin d’avoir recettes sonnantes et trébuchantes pour payer le salaire de Mademoiselle S***.

C’est par un soir de novembre, alors que le salon du livre de Bordeaux venait de se terminer, que l’un de nos poètes invita Mademoiselle S***, en notre compagnie, pour un bon repas digne de la gastronomie gasconne. En fin de repas, notre poète y alla de son couplet et nous offrit une de ces délicieuses et succulentes créations.

J’avais bien remarqué qu’au cours du repas, Mademoiselle S*** s’ennuyait, baillait, rêvait d’un avenir meilleur que celui du cercle des pauvres p’tits poètes réunis et non disparus  mais quel ne fut pas mon étonnement quand à la sortie du restaurant, Mademoiselle m’interpella en tant que dirigeant de l’Association et me demanda « Comment allez-vous m’indemniser les heures passées au restaurant ? ». Mais Mademoiselle votre journée vous est payée, et pour le repas vous étiez généreusement invitée par notre poète. Non, vous me devez deux heures !

Ais-je parlé de bénévolat ? Je ne sais plus ! Toujours est-il que la miss me rétorqua « le bénévolat c’est de l’arnaque ». Mais qui donc vous a dit une telle c……. ? « Mon professeur d’économie »…

Mademoiselle S*** démissionna peu de temps après pour rejoindre, grâce à ses relations, une de ces officines chargées de distribuer les aides de l’État dans les conseils régionaux.

Les emplois-jeunes furent une occasion unique pour certains de sortir de la crise, de prendre conscience de la vie associative. Nous avons contact gardé avec nombre d’entre eux, qui aujourd’hui possèdent des places de responsabilité dans la République et de par le monde.

                                                                                                                                                                André Desforges