Sport et religion

de André Desforges

Numéro 133
Février 2006

8,00

Catégorie :

Les Dieux du stade

Les Jeux olympiques (d’hiver), le Tournoi des Six Nations, le Tour de France, les championnats de France, d’Europe, du Monde (un pour chaque sport), les coupes de ci, les coupes de ça et tra la la… La France ne gagne pas à tous les coups, les sponsors, les organisateurs oui…

L’appât du gain entraîne tricheries et dopages en tous genres. Thème connu. Contre ces excès, des organismes avec des hommes sincères à leur tête entreprennent de contrebalancer ces débordements et de limiter ces dérives.

Mais voilà, il s’agit d’un sport-spectacle à l’échelon planétaire. Les droits de retransmission pour les télévisions se payent à coups de millions de dollars et au besoin les directeurs de chaînes n’hésitent pas à soudoyer des dirigeants de clubs ou des responsables administratifs de haut niveau. Tout s’achète : l’attribution à la ville organisatrice des jeux olympiques pour 2012, a donné lieu à un triste spectacle de magouillage en tout genre. Un mélodrame digne d’une série B de cinéma. Pire encore, le sport tue aussi bien sur une étape du Tour que sur les pistes du Sahara (Le Paris-Dakar – voir pages suivantes – en est la plus lamentable illustration). Comme dans les arènes romaines, il faut : la foule exciter, la populace satisfaire et l’empereur glorifier.

Dans cette grand’messe sportive, la propagande politique s’assimile à un véritable catéchisme politique. Les Jeux olympiques de Berlin (1936, les quatre médailles du noir américain Jesse Owen provoquant la colère du chancelier Hitler), les champions-étudiants des ex Pays de l’Est, les surdoués de la gymnastique chinoise, les sprinters américains courant plus vite que leur ombre, etc. Combien d’exemples, de la sorte, au service d’une politique dominante pourrait-on citer ? Avec en prime, le chantage (si le rouge ou le noir vont aux jeux, le blanc n’ira pas), la menace, (pétrole contre les droits de l’homme) et enfin le massacre (Jeux de Munich 1976, onze Israéliens tués par un commando palestinien).

Et les sportifs eux-mêmes, ces grands-prêtres de la cérémonie avec leurs fidèles supporters. Rappelons-nous, Michel Platini brandissant la coupe d’Europe (il jouait alors à la Juventus de Turin) en explosant déjoie dans le stade du Heysel (Bruxelles) alors que 39 spectateurs venaient de succomber piétinés, étouffés par d’autres supporters-hooligans, et encore, tout récemment, Luc Alphand dernier vainqueur du Paris-Dakar déclarant malgré la mort de trois personnes : « je suis vraiment heureux de gagner… et je compte revenir ici faire de belles courses« .

Le bonheur tient à peu de choses, n’est-ce pas ?

Avant d’entrer sur le terrain, certains joueurs annoncent ostensiblement leur appartenance à tel mouvement politique ou à telle religion par un signe de croix, un poing levé, un geste envers on ne sait quel saint ou marabout protecteur. Ce phénomène ne semble qu’à son début, bientôt, si on n’y prend garde, toute caricature d’un « dieu du stade » deviendra provocation entraînant des flambées de violence. Pourtant quelques mots du serment olympique (Je m’engage… en respectant les règles… sans dopage… pour la gloire du sport et l’honneur de mon équipe… ) suffisent à nous rappeler que la dignité de l’homme peut s’affirmer dans le sport, que le plaisir du spectateur peut s’extasier dans les images télévisées et que la joie, la joie toute simple, toute naturelle, peut exploser, par exemple, au passage de la caravane du Tour de France quand Poulidor mène la danse et qu’Yvette Horner joue de l’accordéon, juchée sur une traction avant.

Les écrivains sportifs, les poètes vantant les mérites du dépassement de soi par le sport, ne manquent pas, mais qui veut bien les lire et surtout les écouter ?

André Desforges