L’ANTÉPÉNULTIÈME


Numéro 170
Mars 2013

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La Revue des Dossiers d’Aquitaine, comme déjà annoncé, arrêtera de paraître à la fin de l’année pour cause de non-renouvellement d’attribution du numéro de la Commission paritaire des publications et agences de presse (CPPAP) donnant accès à des tarifs postaux spéciaux. La Poste fait payer au tarif fort les envois des revues poétiques, sportives, associatives, militantes et autres. La plupart, par manque de moyens ou comme c’est notre cas, refusant de transférer ce surcroît de charges en augmentant le prix des abonnements, se voient dans l’obligation de cesser leur publication. Au nom de la rentabilité de la Banque postale, il s’agit surtout d’une atteinte à la liberté de la presse.

Dans le paysage culturel, il ne reste pratiquement plus de revues indépendantes. Ne subsistent que celles qui s’adonnent à la publicité ou encore reçoivent d’importantes subventions. Dans le premier cas, comment pour des pacifistes accepter de faire de la pub pour les avions de guerre, comment pour les anti-nucléaires se soumettre à des communiqués vantant les mérites des centrales atomiques, comment même en choisissant ses pubs ne pas tomber sur une banque aux produits toxiques ou une assurance aux propositions nocives.

Dans le deuxième cas, pour les revues qui acceptent les aides des collectivités locales, des Affaires culturelles et autres ministères, tôt ou tard elles doivent renvoyer l’ascenseur à leurs protecteurs et faire profil bas devant l’idéologie dominante de leurs subventionneurs. Il en est de même pour les mécènes et autres bienfaiteurs qui infligent aux responsables de l’édition une autocensure encore plus dangereuse et plus vicieuse que la censure elle-même.

Si nous voulons « rester dans les clous » de l’authenticité, si nous voulons donner la parole aux poètes sans arrière-pensées lucratives, devant les charges successives des salaires, de l’augmen-tation incessante et régulière des matières premières : toner, papier, enveloppe en plus de l’affranchis-sement postal, il ne nous reste comme solution unique que le silence.

Bref rappel historique
La Revue est née en 1978 , précédée de deux numéros de « Poésie Sauva-Je » sous l’égide de Josselyne Chourry. Revue qui se fera refuser l’enregistrement à la Commission paritaire sous prétexte qu’une revue de poésie n’est pas un vrai journal. Aussi reprenant le flambeau, André Desforges, Bernard Dané, Yolande Vidal, Maïté Urruty et bien sûr Josselyne Chourry, lancent « La Revue des Dossiers d’Aquitaine et d’Ailleurs » ; un véritable organe de presse avec éditos, reportages, interviews, enquêtes, annonces, critiques des livres, etc…

Le premier édito est signé par René Serrano. Cyrille Lebrasse, depuis l’île Maurice, envoie d’émouvants poèmes-témoignages. Simonomis, d’après l’œuvre de Robert Sabatier de l’Académie française, entreprend un historique de la poésie française. Dès ce premier numéro, Jacques Danois, journaliste, grand reporter en mission en Asie pour le compte de l’UNICEF nous fait parvenir clandestinement les premiers reportages sur la prise de pouvoirs des Kmers rouges et leur sanglante épopée. Articles qui seront pompés par le journal Libération.

La revue est alors imprimée avec les moyens de l’époque. Chaque page est saisie à partir du clavier d’une traditionnelle machine à écrire sur un stencil, puis est imprimée sur un duplicateur Rex Rotary dont il faut tourner la manivelle à la main ! Ces premiers numéros sur papier bouffant ont certes jaunis mais restent d’une parfaite lisibilité.