Oradour : un devoir de mémoire

de André Desforges

Numéro 135
Juin 2006

8,00

Catégorie :

10 juin 1944 – 10 juin 2006

Oradour : un devoir de mémoire

Lutter contre l’oubli, c’est préserver l’avenir d’un retour de la barbarie. En organisant chaque année le concours scolaire de la Résistance et de la Déportation, Suzanne Lafond, présidente de la Ligue de l’Enseignement en Gironde, maintient la mémoire du massacre de la population du village d’Oradour, dans le seul but de faire connaître ce tragique événement afin que nul n’ignore l’horreur perpétrée par l’idéologie nazie, le tout sans haine ni esprit de revanche.

Les élèves primés sont récompensés par un voyage en pays limousin, grâce à deux autobus prêtés gracieusement par la Ville de Bordeaux. D’autre part, lors de la remise des prix, chaque collégien ou lycéen méritant reçoit un lot de livres offerts par les consulats, les collectivités et les associations éditrices dont  « Les Dossiers d’Aquitaine ».

Franck Lafossas, écrivain-poète, en récoltant des témoignages précis et sérieux, a utilisé la forme poétique classique pour conter en un poème-épopée cette tragédie dans son recueil « Oratorio pour Oradour » :

« Aujourd’hui quand on passe en Oradour-sur-Glane
Il n’est qu’un grand silence où, seul, quelque ange plane.

Mais en prêtant l’oreille on perçoit, lent, hideux,
Un glas frappant ses coups: six cent quarante-deux. »

642 victimes « officiellement » répertoriées, mais comment faire un compte exact dans un tel brasier où même les bébés (non encore baptisés) seront calcinés avec leurs mères et leurs frères ! Au soir du massacre, jamais bourreaux n’exprimèrent autant leurjoie et leur satisfaction du devoir accompli. Parmi ces assassins, au procès de Bordeaux en 1953, 7 Allemands et 14 Alsaciens. L’amnistie qui suivra… frappera une deuxième fois les survivants du drame.

En ce mois de juin 2006, nous avons aux Dossiers d’Aquitaine deux stagiaires :

– Nadine, allemande originaire de Dresde et parlant un impeccable français… sans accent !

– Anouchka, native de Saint-Jean-de-Luz, germaniste et fille de professeur d’Allemand…

Ces deux stagiaires furent invitées par Suzanne Lafond à se joindre au voyage et à accompagner les élèves en présence du poète Franck Lafossas.
À cet effet, elles ont récité, en allemand puis en français, le poème « Oratoire en Oradour » de Franck Lafossas, à la mairie d’Oradour, dans les ruines de l’église d’Oradour, à l’Athénée municipale de Bordeaux, à la Mairie de Bordeaux.
Lucette Morliéras, enfant d’Oradour dont la petite soeur a disparu avec les autres enfants ce 10 juin 1944, a écouté, avec une grande émotion, la lecture de son poème « Moi, le puits » en allemand et en français tour à tour interprété par Nadine et Anouchka.

André et Annick Desforges, Franck Lafossas ainsi que les enseignants des écoles publiques ou privées ont suivi, accompagné, guidé les élèves tout au long de cette journée… Les remerciements spontanés de certains élèves à l’heure de la séparation… ou des retrouvailles avec les parents, montrent l’importance d’une telle action pédagogique. Notre reconnaissance à Suzanne Lafond, qui sait si bien transmettre son idéal de paix de génération en génération.

André Desforges