Marche républicaine Bordeaux

de Édito de Robert Gélis

Numéro 177
Février 2015

8,00€

Catégorie :

En guise de bonne année

AVE à toutes et notamment aux unes et aux autres. C’est bien moi, en chair et en os (ce qui, soi-dit en passant, est plus agréable que de faire le clown, en chaire et en noce…) et, ayant remarqué très récemment que l’année 2014 avait du plomb dans l’aile, j’ai été pris, comme le veut désormais « ma tradition », d’une intense frénésie scriptatoire.

Toutefois, atteint malgré tous mes efforts par les virus informatiques qui prolifèrent, au moins aussi vite que les idées de nos « dirigeants », c’est via le traitement de textes de mon ordinateur que mes mains, pourtant malhabiles, vont vous transmettre les fruits, fussent-ils véreux, des vergers de mon esprit fécond (j’ai hésité sur l’orthographe, mais vous corrigerez si ça vous amuse).

Compte-tenu de l’aquarium environnant, où morues et maquereaux font la joie des papas- rassis, j’ai éprouvé un quart de seconde la tentation d’être sérieux, mais, justement, j’estime nécessaire, primordial, essentiel, fondamental, incontournable, (c’est recommandé par le corps médical) de ne pas l’être…

La décision étant prise, il faut maintenant assumer… Et là, un problème de taille surgit du marécage spongieux de ma mémoire : comment éviter les répétitions, les redites, les plagiats… ? Cela fait maintenant des années que je vous importune, vous harcelle, vous agresse, avec mes jeux de mots à la noix, mes calembours valétudinaires, mes contrepèteries fumeuses, mes citations douteuses, etc. Et si ma vigilance décline un tantinet, vous risquez fort de penser qu’Alzheimerde s’est déjà goinfré de mes neurones pouvant encore passer pour intacts.

J’ai donc cogité, et c’est tout à fait rassuré que je continue, verre en main, à produire ma prose… C’est-à-dire à agglomérer la méthode qui a fait, et continue de faire, ses preuves à la télé dans les émissions dites culinaires, voire gastronomiques, et qui consiste à assembler n’importe quoi avec n’importe quoi. Une bonne pincée de sel, une ou deux poignées de sucre, un chouïa d’aromates choisis soigneusement au hasard, et le tour est joué !

Le plus important étant de trouver un titre résolument ésotérique et donc abscons. Même si c’est à peine mangeable, les compliments abondent à coup sûr, aucun convive ne voulant prendre le risque de passer pour un « crétin-qui-n’y-connaît-rien ». C’est kif-kif pour les écrits, pour les chansons, les peintures, le boudin blanc et le fromage de tête… Bref, vous n’aurez pas besoin d’un loup-phoque pour gamberger dans les eaux taries.

Cela dit, je ne faillirai pas tout à fait à la règle, et je vous adresse, en long, en large, et en travers, tous mes vœux de bonne heure (qui, on le sait, permet de ne pas arriver en retard aux rendez-vous, chez le percepteur, le vétérinaire, le serial killer, le guru, la main du masseur, l’amant de ma sœur, le papy du papa du Pape des Papous, le responsable des miracles de Lourdes, chez qui l’on doit, chez qui l’on veut, au 7e Ciel ou au 36e dessous, amen).

Malgré les apparences, je pense souvent à toi, à vous, et je me dis que, de toutes façons, on ne peut naître et avoir têté. Bises diverses et accolades sans alcool, au choix…

 

                                                                                                                                      Robert Gélis

Et vie d’amant, j’ai été tenté de tremper ma bille dans le vitriol et d’évoquer l’horrible événement que l’on sait… Mais tant de gens l’on fait, que j’ai craint d’être banal.
Bonne Année, tout de même, à tous les potes et potesses, fussent-ils empotés !

(N.D.L.R.)    L’année 2015 a commencé par une semaine sanglante. En massacrant des dessinateurs humoristiques de Charlie Hebdo, ils ont voulu tuer la liberté de la presse. De quoi rire… à en pleurer.