La guerre impose la torture

de Louis Lecoin

Numéro 100
Décembre 2000

8,00€

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Si derrière le bourreau, on trouve le donneur d’ordre de torturer, la guerre est bien la cause de toutes ces atrocités. Relisons, à ce sujet un texte sur un autre crime de l’humanité « Oradour-sur-Glane » écrit lors du procès de Bordeaux en 1953.

 

Oui, c’est la guerre qui nous fait faire de ces coups-là. Et vouloir rendre, aujourd’hui seuls responsables les soldats qui ont commis par ordre les atrocités, d’Oradour, c’est se moquer du monde surtout lorsque soi-même l’on vante les mérites de cette maxime : la discipline étant la force principale des armées…

On doit tout attendre de l’homme habillé en soldat, et du soldat en guerre tout excepté le bien. L’assassinat est le fait divers courant répété à longueur de journée des milliers de fois dans une guerre de moyenne dimension.

Et ce n’est pas seulement vrai de nos jours. Ce fut vrai dans tous les temps, en n’importe quel lieu.

Et ce fut le fait de tous les peuples.

Qui ne condamne pas nettement la guerre n’a pas à verser de larmes hypocrites à l’évocation de l’immonde tuerie d’Oradour. Non plus ceux dont c’est le métier de préparer les soldats à des opérations de ce genre. Et moins encore les fauteurs de guerre d’hier, d’à présent ou de demain, qui détiennent le Pouvoir directement ou par pantins ministériels interposés.

Ainsi sont peu nombreux ceux qui n’ont pas trempé dans les forfaits de la dernière grande guerre, aussi la responsabilité que presque unanimement les hommes portent dans les crimes de guerre devrait diluer celle des soldats que les militaires professionnels « jugent » présentement à Bordeaux.

Leurs mains sont sales certes des cervelles éclatées et de la fumée des os calcinés, mais les mains des composants de la société qui leur demande des comptes sont-elles plus propres ?

Il y a autre chose à accomplir, dans ces temps sombres où l’Humanité vacille de tous côtés prête à s’effondrer dans le déshonneur et l’horreur, que d’épingler les faits d’armes de quelques trouffions et vouloir les punir pour n’avoir pas à se condamner soi-même.

Si nous sommes sincèrement désolés des souffrances endurées et du sort odieux et cruel subi par la population d’Oradour, prouvons-le comme il se doit. Nous en avons les possibilités en mettant fin immédiatement, nous Français, à l’expédition sanglante d’Indochine.

En liquidant, pacifiquement et tout de suite, cette armée d’un million d’hommes que nous tenons en permanence sous les armes. L’armée n’existant que pour augmenter la pagaille, pour allumer les guerres, les perpétuer et en augmenter la sauvagerie naturelle.

Après, lorsque nous n’aurons plus d’armée, soyons assurés que des atrocités comme celle d’Oradour s’estomperont dans la mémoire des hommes.

L’Humanité enfin commencerait à vivre.

 

Louis Lecoin

 

 

* titre de la rédaction.

Louis Lecoin (1888-1971) : militant pacifiste, pionnier de la lutte pour l’objection de conscience en France.

Oradour-sur-Glane : village martyr situé près de Limoges. Le 10 juin 1944, la Division allemande SS « Das Reich » rassemble la population dans l’église et y met le feu. Bilan du massacre : 643 victimes dont 200 enfants. Le village est entièrement détruit.

Procès de Bordeaux : le 12 janvier 1953, huit ans après, commence le procès de 21 soldats ayant participé au massacre. Parmi les accusés, il y a 13 Alsaciens (1 volontaire et 12 « malgré nous » incorporés de force dans l’armée allemande). Deux condamnations à mort et des peines de prisons. Le 20 février 1953, les 12 Alsaciens sont amnistiés par le Parlement.