Village

de Michel Suffran

Date de parution : 17/05/2013
40 pages
Format : 14x20
ISBN : 978-2-84622-238-9

8,00€

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La mémoire aurait-elle sur notre conscience la même influence que la poésie sur notre vision du monde ? Décantation, resserrement autour d’un « essentiel » que, sans elles, nous ne soupçonnerions peut-être même pas.

Cependant, la mémoire est toute instinctive. Et tyrannique, imprévisible. C’est que notre volonté, notre intelligence y participent bien moins qu’une personnalité seconde issue de ce qu’il y a en nous de plus immuable et, paradoxalement, de plus immémorial : la trame de la chair, le tamis des nerfs, les remous de la lymphe et du sang…

Ainsi va-t-elle, avec une sûreté de somnambule, vers ces parcelles énigmatiques qu’elle a choisi de ramener des profondeurs englouties – le « trésor » incongru mais incomparable qu’un enfant sauverait d’un incendie ou d’un naufrage : une poignée de cailloux, une agate, une brindille qui semble morte. Et, seul entre mille événements réputés « majeurs », l’éclat incomparable d’un instant qui pourrait être jugé insignifiant. Ainsi que l’écrit Thomas Wolfe dans « L’Ange Exilé » : Cherche la pierre, la feuille, la porte. Et tous les visages oubliés.

Certes, le village de M…, autrement dit Mézin, existe bien sur les cartes. Ses antiques murailles dressent toujours, Dieu merci, leur proue dans la lumière, au-dessus d’une – presque – intacte petite vallée lot-et-garonnaise…

Mais c’est, pour moi seul, dans le tâtonnement incantatoire de ces pages qu’il demeure encore aussi vivant.