"Un éditeur régional... |
Un éditeur atypique : André Desforges
Il y a trois ans paraissait un fort bel ouvrage « HISTOIRE DES MAIRES DE BORDEAUX ». Un volume grand format, de 528 pages et de plus de 1.000 illustrations ; reliure carton, qui était une sorte de « Journal de l'histoire bordelaise ». Il y a un an, le même éditeur publiait au même format, un volume identique « HISTOIRE DES ARCHEVÊQUES DE BORDEAUX ».
Heureuse surprise des passionnés de l'histoire de Bordeaux et de sa région, d'autant plus que les éditions Les Dossiers d’Aquitaine, bien connues à Bordeaux, n’avaient jamais à leur catalogue, des ouvrages de cette ampleur. Il était tentant de mieux connaître ces éditions et leur directeur André Desforges. Nous l’avons rencontré pour vous.
André Desforges, dites-nous qui vous êtes ?
J'ai 38 ans de gestion publique (cadre dans l’administration des Postes) et 33 ans de gestion privée bénévole, président de l’Association éditrice « Les Dossiers d’Aquitaine et d’Ailleurs ».
Après les bouleversements de mai 68, l’édition qui était purement et uniquement parisienne devient régionaliste sous l’impulsion d'étudiants, de professeurs, d'animateurs culturels, de responsables associatifs. De ces éclosions spontanées, seules les entreprises gérées par des dirigeants ayant quelques notions de communication ou de comptabilité subsistent. Toutes les maisons d'édition « en région » de la première vague apparaissent autour des années 1975.
Comment est née la structure « Les Dossiers d’Aquitaine » ?
En province, côté poésie n'existait qu’une poésie très classique dans des académies ou des cercles où des notables écoutaient avec bienveillance et distribuaient aux meilleurs versificateurs médailles, coupes et diplômes.
En 1978, André Desforges, Bernard Dané, Jean-François Derassat entreprennent de réunir dans un Dossier (sans doute une référence aux Dossiers de l'écran, l’émission en vogue de la télé de l'époque) les textes en poésie (sous toutes ses formes) ou en prose sur le thème du FUTUR.
Un succès immédiat, des textes arrivent de toute la France et la Francophonie. Cette année-là quatre poèmes feront référence au naufrage de l'Amoco Cadix, première pollution par le mazout des côtes bretonnes.
Ce dossier de feuilles volantes va être broché et nécessiter une deuxième édition. Pour dialoguer avec les auteurs de France et « d'Outre-mer » (mot d’époque) nous créons une sorte de bulletin de liaison qui va devenir après acceptation de notre inscription à la Commission paritaire de la Presse « La Revue des Dossiers d'Aquitaine et d'Ailleurs ». En 1978, une revue parmi les 500 revues de poésie et les 250.000 bulletins paroissiaux, communaux, de la presse dite militante, culturelle, associative.
Les Dossiers d'Aquitaine feront le recensement et le bilan de cette presse alternative et publieront successivement trois guides des « Revues culturelles françaises et étrangères ». D'énormes pavés de plus de 500 pages qui aujourd'hui sont devenus de « véritables archives ».
Comment l’éditeur en poésie et de la Revue des Dossiers d'Aquitaine est-il devenu éditeur à part entière ?
En 1981, après l’arrivée de la gauche au pouvoir et la régionalisation relancent l’édition en province. Des vagues de subventions s'abattent sur ceux qui font acte d'allégeance au ministre de la Culture Jack Lang. Les créations des Centres régionaux des Lettres, des Offices du livre, avec leurs aides provoquent la naissance d'une deuxième vague d'éditeurs régionaux. Ces nouveaux venus, plus intellos que militants, plus attirés par les subsides que par la transmission des savoirs, se spécialisent dans la recherche, la traduction des littératures étrangères, les états d’âme...
Dans ces années 1990, le patrimoine devient « ringard » la défense des valeurs « passéiste ». C'est à contre-courant que les Dossiers d’Aquitaine franchissent le pas pour devenir une véritable entreprise associative éditrice indépendante et ouverte à tous les courants de pensée hors des circuits « subventionnés » ou « sponsorisés ».
Donnez-nous quelques titres publiés à l'origine ?
« L’Histoire des Girondins », « La Libération de Bordeaux », « Quand les Anglais vendangeaient l’Aquitaine » en plus des livres sur le tiers monde « Vietnam, le Renouveau », les biographies de « Gaston Couté », « Aguigui Mouna », « Pichegru », Simon Bernard »... des titres à succès qui permettent d'ouvrir de nouvelles collections « Histoire et Patrimoine » « Témoignages Vivants » « Mémoires de France », sans oublier les collections consacrées à la poésie, au théâtre, aux monographies comme « Beaulieu-sous-la-Roche », « La Teste-de-Buch ». Avec les dictionnaires français-gascon et gascon-français, les racines occitanes ne sont pas oubliées.
Des auteurs de renom Jacques Danois, Jean-Marc Soyez, Hélène Tierchant, Hélène Sarrazin, Jacques Dubourg, Michel Suffran, ayant déjà publiés dans la « grande édition parisienne » rejoignent les Dossiers d'Aquitaine.
Notre politique éditoriale consiste également à rechercher et faire confiance à des auteurs pour leurs premières publications. Une nouvelle équipe se constitue autour de Franck Lafossas, Jean-Jacques Déogracias, Yolande Vidal, Philippe de Bercegol, Monique Canellas, Serge Martin, Guy Perraudeau et bien d'autres qui vont donner un nouveau souffle à la maison d'édition alors présente dans presque tous les salons de livre régionaux, nationaux (Paris, Pau, Bordeaux...) et internationaux (Bruxelles, Genève...).
En 2008, pour leurs 30 ans d’édition, les responsables de l’Association se posent la question « Que faire » ?
L’histoire individuelle des auteurs de nos 200 livres édités à compte d'éditeur, de nos 6.000 auteurs de poèmes, d'articles, de reportages, d'interviews (grâce à notre grand reporter et humaniste Jacques Danois) publiés dans nos 160 revues ou nos 30 anthologies poétiques restent du domaine de l'anecdote ou de l'intimisme.
Que faire ? Difficile de dire qui en a eu l'idée... mais notre affection, notre attachement, notre envoûtement pour cette ville de Bordeaux a fait surgir l'idée de retrouver l'histoire des 240 maires qui ont façonné la cité au cours des siècles.
Et chacun selon ses compétences, selon son temps libre, de fouiller les archives, de consulter les fonds patrimoniaux, de rencontrer les conservateurs de musée, de s'appuyer ponctuellement sur les universitaires et les chercheurs, de faire appel aux collectionneurs, aux antiquaires, aux bouquinistes, d'entrer en relation avec les grandes familles bordelaises, pour récupérer des documents inédits...
Les écrits et les publications de nos auteurs-maisons permettent de compléter nos recherches. Les techniques nouvelles, l'informatique, Internet nous aident à constituer des fiches biographiques.
La fabrication d'un Beau Livre tout en couleur sur papier « luxe », reliure cartonnée vernissée, avec gardes et signet de 528 pages ne pose pas de problème technique pour l'équipe des Dossiers d'Aquitaine très en pointe des techniques nouvelles.
« L’Histoire des Maires de Bordeaux » devient la publication la plus importante, la plus conséquente de l'édition en Aquitaine. Et ceci, sans la moindre subvention de la ville et encore moins des autres collectivités publiques et surtout sans apport publicitaire, cette pollution moderne qui envahit de plus en plus le monde de l'édition.
Et deux ans après l'Histoire des Archevêques de Bordeaux ?
Deux ans plus tard, les Dossiers d'Aquitaine récidivent en publiant un autre Beau Livre de la même contexture avec « L’histoire des Archevêques de Bordeaux ». Le Palais Rohan, actuelle mairie, mais ancien archevêché servant de lien entre les deux ouvrages.
Ces ouvrages proposés à 50 euros à nos souscripteurs représentent un exploit. Dans la grande édition, le moindre livre de vedettes du sport, du cinéma, de la télé, de la politique se vend autour de 25 euros. Livres à couverture molle, à papier transparent, à gros caractères et grandes marges pour faire « du volume » souvent rédigés par un « assistant » ne présentent qu'un intérêt lié à l'actualité du moment. Les tirages se chiffrent par milliers et les bénéfices par millions.
Notre souci en tant que bénévoles est de pouvoir assurer la paye des salariés (entre 2 et 5 selon les besoins) et surtout de payer les factures des imprimeurs, en plus des impôts, des taxes et autres obligations. Si bénéfice il y a, il est systématiquement réinvesti dans le matériel.
Tous les responsables des Dossiers d'Aquitaine payent leur cotisation et souscrivent dans les opérations « Beau Livre ». Cette démarche prouve notre volonté associative d’indépendance et d’autogestion.
Et maintenant quel projet ?
Nos livres sur les maires ou les archevêques ne sont ni politiques ni religieux et encore moins polémistes.
Ces livres font connaître notre histoire locale à travers la Grande Histoire, ils font prendre conscience aux lecteurs de la responsabilité des notables qu'ils représentent le pouvoir temporel ou le pouvoir spirituel.
Ces livres n'ont apporté ni votes favorables ou défavorables aux élus, n'ont ni vidé ni rempli les églises, mais ont permis une meilleure connaissance de notre mémoire collective régionale, absente des livres officiels de l'histoire vue, élaborée et diffusée depuis les ministères parisiens.
L’autre grande satisfaction est d'avoir réuni sur une même liste plus de 1.000 souscripteurs en provenance de toutes les couches de la société bordelaise (et souvent hors Bordeaux) dans une même fraternité et une même envie de découvrir à travers « ce grand journal » notre histoire commune.
L’histoire de Bordeaux n'est pas que celle des édiles : maires ou archevêques, mais elle est aussi celle des citoyens et des fidèles, des congrégations, des établissements scolaires, des personnalités religieuses, des églises et couvents disparus, des hôpitaux, hospices ou asiles, des églises de la périphérie moins connues, mais fort attachantes, d'où cette nécessité d'éditer un tome 2 de cette histoire des archevêques. Un nouveau et bel ouvrage actuellement en souscription (50 euros au lieu de 80 prix public).
Nos fidèles lecteurs sont déjà dans l’attente. De réguliers bulletins les informent sur nos travaux, nos démarches, nos joies et nos soucis... ainsi va la vie de ceux qui... aiment la vie.
Merci à André Desforges et ses auteurs pour les livres édités sur le patrimoine bordelais et girondin.
Les Dossiers d’Aquitaine, 7 impasse Bardos,
33800 Bordeaux.
Tèl : 05 56 91 84 98
e-mail : ddabordeaux@gmail.com
site internet : ddabordeaux.com
Guy Perraudeau
Almanach 2012 du Bordelais (Éditions CPE)